Votre Panier

Littérature
✦ hommage

Oh non pas Sophie Faucher

10 juin 2026·6 min·Par l'éditeur

Non, pas Sophie Faucher !

Une muse. Une inspiration.

« Elle aimait jouer et célébrer la vie»

— Patrice Coquereau
Deuxième mouvement

Non, pas Sophie Faucher !
Je viens d'apprendre la disparition de Sophie Faucher, quelque chose en moi s'est révolté. Comme si une voix intérieure refusait d'accepter l'évidence. Certaines personnes occupent une place particulière dans notre imaginaire. Elles deviennent des présences familières sans même nous connaître. Sophie Faucher était de celles-là.
Une muse. Une inspiration.
Voilà ce qu'elle représentait pour moi.
Je l'avais croisée un jour au Salon du livre de Montréal. Un instant bref, presque insignifiant pour les autres, mais qui est demeuré gravé dans ma mémoire. Nos regards se sont croisés. J'aurais voulu m'approcher, lui parler, lui dire toute l'admiration que j'avais pour son parcours, son intelligence, sa sensibilité. Mais je ne l'ai pas fait.
La timidité m'a retenue.
Elle n'a sans doute pas compris ce regard que je lui lançais. Il faut dire que mon visage n'a jamais su refléter correctement mes émotions. L'admiration se transforme souvent chez moi en maladresse. La gratitude prend parfois l'apparence de la distance. Cela suscite des réactions inattendues et des occasions manquées.
Je suis repartie sans lui adresser la parole.
Aujourd'hui, ce souvenir revient avec une force particulière.
Sophie Faucher était bien plus qu'une comédienne talentueuse. Elle incarnait une certaine idée de l'art : généreuse, passionnée, profondément humaine. Derrière son sourire lumineux se cachait une femme sensible à la souffrance des autres, bouleversée par les injustices du monde. Elle disait être une éponge. On la croyait volontiers.
Durant plus de quarante ans, elle a marqué la scène culturelle québécoise par son immense talent. Au théâtre, à la télévision, au cinéma, dans le doublage, dans l'écriture, elle semblait incapable de se limiter à un seul territoire. Lorsqu'un projet ne venait pas à elle, elle le créait elle-même.
Et toujours, elle avait ses muses, elle aussi.
Frida Kahlo, dont elle admirait le courage devant la douleur. Maria Callas, dont elle explorait les blessures et la grandeur. À travers elles, Sophie Faucher cherchait la beauté là où la vie avait laissé des cicatrices. Elle comprenait que l'art ne sert pas à fuir la souffrance, mais à la transformer.
C'est sans doute ce qui la rendait si attachante.
Même lorsqu'elle interprétait des personnages flamboyants ou comiques, comme l'inoubliable Crystale Bouvier-Montgomery du Cœur a ses raisons, on percevait chez elle une profondeur et une intensité rare. Une authenticité qui traversait l'écran.
Aujourd'hui, j'aime imaginer qu'elle est allée rejoindre ses deux grandes compagnes de route, Frida Kahlo et Maria Callas, dans ce paradis réservé aux artistes qui ont laissé derrière eux davantage que des œuvres : une lumière.
Je regretterai toujours de ne pas lui avoir parlé ce jour-là.
Mais peut-être que l'essentiel n'était pas là.
Peut-être que certaines rencontres n'ont besoin que d'un regard pour exister.
Merci, Sophie.
Merci pour les couleurs que vous avez ajoutées à nos vies.
Merci pour la poésie.
Merci pour la lumière.
Et non, vraiment, je n'étais pas prête pour votre départ. Je ne suis pas prête à dire au revoir.
-katja- 

✦ · · · ✦
S
L'Éditeur
Salamandre Magazine — Explorations littéraires et artistiques depuis 2024.

À lire également

Shawn Davis : son nouveau livre

Shawn Davis : son nouveau livre

26 Jun 2026
Poésie contemporaine au Québec

Poésie contemporaine au Québec

15 Jun 2026